Depuis novembre, les Manchois doivent réaliser leur demande de cartes grises et de permis de conduire directement sur Internet. Une pratique qui ne satisfait pas les usagers.
Rn octobre, la préfecture était fière de présenter à la presse et à la population : ANTS (pour Agence nationale des titres sécurisés), le nouveau site, mis en ligne par l'État, pour les demandes de cartes grises et de permis de conduire. Rni les guichets à la préfecture, les démarches sont aujourd'hui « à portée de clic », comme l'indiquent les affiches placardées dans les locaux. Derrière le slogan positif et la promesse d'efficacité, la réalité est pour le moment très grise. « Ça ne fonctionne pas », « C'est très compliqué », « C'est n'importe quoi », se plaignent les usagers.

Le site du gouvernement ants.gouv.fr n'est pas simple d'utilisation pour l'usager. Et pour l'État, il est loin d'être une réussite.
Le calvaire du code
À vouloir faire simple, l'État a compliqué la démarche. Lors de l'achat d'un véhicule, le vendeur doit déclarer la vente sur le site ants.gouv.fr Un code à cinq chiffres lui est alors donné. Un élément important qu'il devra ensuite communiquer à l'acheteur,pour que celui-ci réalise sa demande de carte grise.
Problème : les administrés le possèdent rarement. « Je n'ai jamais eu de code, avance Stéphanie Goupil. Et sans ce code vous êtes bloqué. Je suis donc allée à la préfecture expliquer ma difficulté. Ils m'ont répondu qu'ils ne pouvaient pas m'aider. Alors comment faire ? » se questionne la jeune femme, qui vient d'acheter une voiture d'occasion. « Si ce code est égaré, l'usager doit alors se rendre auprès d'un garage agréé et l'opération n'est alors plus gratuite », répond la préfecture.
Alors elle s'est rendue sur les sites privés, tels que cartegriseminute. fr « C'est beaucoup plus simple et très rapide. En dix minutes, ma demande était faite. » En moyenne, il faut compter 30 €de frais de dossier sur ce genre de site. De même que dans les garages. « J'ai payé 30 €. Mais au moins, j'ai ma carte grise », confirme Laurent Dupont.
Le site du gouvernement ants.gouv.fr n'est pas simple d'utilisation pour l'usager. Et pour l'État, il est loin d'être une réussite. Après avoir acheté un véhicule d'occasion à son fils, il a rencontré des difficultés en raison de l'ancienne plaque d'immatriculation. « Le logiciel ne permet pas d'enregistrer les anciennes plaques. Leur site n'est vraiment pas au point. On m'a alors envoyé vers un concessionnaire. »
Des garages très sollicités
Les concessionnaires se retrouvent aujourd 'hui submergés de demandes. « Depuis la fermeture des guichets, nous avons beaucoup de visiteurs. Je suis obligée de fixer des rendez-vous », rapporte Fanny Macé, secrétaire commerciale au garage Peugeot. Pour le secrétariat de Citroën, même chose. « C'est un travail supplémentaire, un travail à l'origine qui n'est pas le nôtre, se désole une employée. Mais on ne peut pas, non plus, abandonner les gens. »
Afin de venir en aide aux citoyens, une structure basée à Cherbourg propose un service carte grise agréé , par l'Etat, depuis 201 O. « Quand Nicolas
Sarkozy avait annoncé la fermeture des sous-préfectures, nous avons été pragmatiques. Nous avons alors créé un service d'accompagnement, raconte Cédric Lefoul, co-gérant de Cartaplac. Depuis novembre, nous enregistrons une augmentation de 30 % de notre clientèle. Les personnes sont dépassées, que ce soit les jeunes ou les seniors. Ils n'ont pas envie de se prendre la tête avec ce genre de paperasse. Les décisionnaires ne sont pas sur le terrain. C'est le problème de notre société. »
Sollicitée, la préfecture se borne à rappeler le fonctionnement du site. Mais en aucun cas, elle prend en compte les remarques des usagers. A vouloir se moderniser, le service public oublie sa mission première, comme le stipule la charte administrative mise en place en 2012 : « Accompagner pas à pas le citoyen dans ses démarches administratives. »
Article rédigé par Lucy EMBARK et publié le 21/12/2017 dans Ouest France dans l'édition Normandie/Manche.




